Pour les uns, révélation callipyge de « la Grande Bouffe ». Pour les autres, rousse pulpeuse des « Galettes de Pont-Aven » au strip-tease culte. Pour d’autres enfin « croissant chaud » aussi irrésistible qu’inaccessible pour Gérard Depardieu dans « le Dernier métro »… C’est vrai que pour beaucoup de cinéphiles, l’actrice Andréa Ferréol c’est d’abord des formes généreuses et des yeux magnifiques. Mais pour peu qu’on y regarde de plus près justement, c’est avant tout une filmographie alléchante, atypique même, sans doute due, comme elle le dit elle-même, au fait que beaucoup de réalisateurs français ne surent très vite pas vraiment comment employer à l’écran ses rondeurs et son franc-parler. Jeune actrice donc, elle ne fut pas jeune première… Alors elle alla voir « ailleurs »… « La Grande bouffe » lui ouvre les portes du cinéma européen, et d’abord, italien : après Marco Ferreri, elle travaillera avec Mario Monicelli (« Viaggio con Anna »), Francesco Rosi (« Trois frères »), Luigi Comencini (« Cuore »), Ettore Scola (« la Nuit de Varennes »), Liliana Cavani (« Francesco »). Pas un grand ne manque à l’appel ! Outre Rhin, ce sont Werner Shroeter, Fassbinder ou Volker Schlöndorf qui la font tourner. Pas mal non plus ! Une telle filmographie en dit déjà long sur les « fantasmes » qu’inspira Ferréol aux grands cinéastes de notre temps: femme, oui, dont la féminité gourmande explose à chaque plan, mais femme dans toute sa complexité. : femme trompée, amante malheureuse, mondaine amoureuse, costumière homosexuelle délaissée, femme tronc (dans « Zoo » de Peter Greenaway), elle est autant l’objet du désir des autres que victime du sien. Ses partenaires : d’Alain Delon à Mickey Rourke, en passant par Marcelo Mastroïanni… Quatre-vingt dix films à ce jours, des dizaines de téléfilms et de pièces de théâtre (la dernière, « l’Anniversaire » de Harold Pinter, avec Lorant Deutsch et Jean-François Stévenin, s’est jouée à la comédie des Champs-Elysées jusqu’au 26 mars), Andréa Ferréol n’arrête pas. « Avec de l’énergie à revendre, elle est une actrice à tout faire », dit d’elle un site internet. On attend avec impatience la publication de Mémoires qui seront riches en anecdotes et témoignages passionnants sur ses rencontres de cinéma et de théâtre. Mais pour les écrire encore faudrait-il qu’elle ait le temps. Car pour elle, « les journées sont déjà trop courtes ! » Outre ses activités de comédienne, elle s’est en effet lancée dans une autre aventure ! « Aix-en-Œuvres »… Dans « Aix-en-œuvres », il y a Aix : ici, point de parachutage de circonstance, Andréa est Aixoise depuis cinq générations… Elle descendrait même du grand Frédéric Mistral, mais « par la cuisse gauche », dit-elle. Passons. Si elle a quitté très jeune (à 17 ans) sa ville pour travailler à Paris, elle n’a cessé d’y revenir, et lorsqu’elle ne tourne pas, elle y habite. « Aix-en-Œuvres », c’est son bébé: une association culturelle qui naît un beau jour d’automne 2002 . Conçue d’abord pour offrir la seule statue de Cézanne à la ville (elle trône depuis sur la place de la Rotonde ), elle organise chaque année (depuis trois ans) ces «Flâneries d’Art dans les jardins aixois», dont elle a eu l’idée un peu par hasard. Une double occasion : faire ouvrir des jardins privés, fermés au public le reste de l’année, et exposer des artistes contemporains : Ben, Louis Cane, Miss-tic, Fassianos, etc… Ca n’a l’air de rien, mais il faut à la fois convaincre les propriétaires des jardins et les artistes ! Du travail de longue haleine. Andréa repère les premiers au gré de ses promenades, pousse les portes, discute. Pour les deuxièmes, c’est le fruit d’une passion ancienne pour l’Art contemporain, de visites dans les galeries, les foires, les expositions… Le résultat est aussi intéressant qu’éclectique. Et le public ne s’y trompe pas! 7000 visiteurs l’an passé. Ca marche, et pas seulement parce que c’est gratuit. Les lieux sont charmants ou sublimement beaux, les œuvres ont du caractère, les artistes sont présents et accessibles. Andréa, elle, virevolte d’un jardin à l’autre, lit des textes ici, livre des bouteilles d’eau là, fidèle à elle-même. Bref, comme d’autres artistes, Andréa Ferréol a eu à cœur de s’investir pour sa ville. « C’est là que je finirai ma vie», dit-elle en remontant au pas de course le cours Mirabeau, vous laissant trois mètres derrière… |
| Flâneries d'Art 2009 |